jeudi 11 décembre 2014

Catastrophe ambulante

Je suis de retour!

Encore une fois, c'est pour raconter mes terriblement embarrassantes aventures. Suis-je un aimant à catastrophes? Probablement.

Cette fois encore, je me suis empêtrée en essayant de me frayer un chemin dans le monde adulte, monde dans lequel j'entrerai bientôt, prête, pas prête. Je souhaitais visiter un cégep avec un programme qui m'intéressait, évidemment, la littérature. Décidant d'être audacieuse (c'est une qualité sur laquelle je dois travailler, alors pourquoi pas ne pas essayer de sortir de ma zone de confort une fois de plus?), j'ai choisi de m'y rendre en train. Je n'avais absolument jamais essayé ce moyen de transport auparavant et je me rendais dans un quartier qui m'était complètement inconnu, mais après avoir effectué mes recherches, je croyais être bien préparée. Grave erreur. J'aurais dû m'assurer d'être certaine d'être bien préparée, car malgré l'excellent départ de ce périple, tout ce qui pouvait mal tourner a mal tourné.

Tout d'abord, je n'avais pas réalisé à quel point le train se déplaçait souvent à des hauteurs vertigineuses près de chez moi, surtout en tournant. Étant située près d'une fenêtre, j'avais la vue sur le sol, plusieurs mètres plus bas, dans les tournants serrés. Il est facile de comprendre pourquoi je ne suis pas fanatique des montagnes russes quand on observe mon visage en train, à des vitesses et hauteurs minimes, surtout comparées aux pentes horrifiantes des manèges. J'ignore si ma peau était verdâtre ou blanchâtre, mais elle était probablement très loin de sa couleur naturelle.

Ensuite, en abandonnant l'idée de regarder le paysage extérieur, mon voyage se déroula plutôt bien. J'étais impressionnée par le court temps d'arrêt à chaque gare, car pour une raison que j'ignore, j'étais convaincue que chaque arrêt serait long et pénible. Cependant, je n'avais pas réfléchi au fait que ce temps d'arrêt serait minuscule quand viendrait mon tour de descendre. Donc, en arrivant à la gare où je devais descendre, je me suis rendues aux portes, car il y en a plus d'une. Les explications d'un agent de sécurité, plus tôt dans la journée, concernant la porte par laquelle je devrais sortir se sont subitement évaporées et mon regard allait d'une porte à l'autre. Un agent a senti ma confusion et m'a indiqué la porte par où sortir, en ajoutant qu'il croyait qu'il était trop tard. Trop. Tard. Et effectivement, il était trop tard. La panique s'est emparée de moi, car je devais être au cégep une heure plus tard et je n'avais absolument aucune idée du chemin à emprunter pour me rendre si ce n'était pas de la gare précédente. Heureusement, j'avais affaire à de bons samaritains. Joint par un autre agent de sécurité, le premier monsieur m'a proposé de les suivre, son collègue et lui, jusqu'à la gare centrale, pour ensuite prendre le train suivant en direction inverse pour me rendre près du cégep.

Arrivée à la gare centrale, je me suis donc efforcée de suivre les deux agents de près de six pieds, du haut de mon cinq pieds trois pouces. Escortée des grands gaillards, j'ai donc emprunté un autre train et ceux-ci ont même descendu du train avec moi pour me pointer l'autobus à prendre pour me rendre saine et sauve. C'était très gentil, mais aussi extrêmement embarrassant, car j'avais très probablement l'air d'une petite fille perdue, confuse, mal organisée et paniquée.

Malheureusement, je ne voulais pas repousser les limites de ma zone de confort encore plus loin, alors je suis descendue beaucoup trop tôt de l'autobus dans lequel j'avais mis les pieds. Demander au chauffeur où descendre aurait été bien trop difficile, du moins selon moi à ce moment, et de toute façon, je connaissais si peu le quartier que ç'aurait été inutile. J'ai donc dû marcher pendant près de quatre kilomètres, alors que j'aurais pu parcourir trois d'entre eux au chaud, assise confortablement dans un banc de transport public. Pour ne pas arriver en retard, j'ai couru, à travers les rues du centre-ville, dans la direction qui me semblait être la plus logique. Avec la glace et la neige accumulées sur les trottoirs, j'ai glissé plus de fois qu'il n'en faut pour me faire rougir, toujours devant bon nombre de piétons et d'automobilistes.

Arrivée en sueur au cégep avec trente bonnes minutes de retard, j'ai rejoint le responsable du programme en m'excusant profusément. Il a essuyé mes excuses rapidement, n'arrivant cependant pas à essuyer mon remords et ma honte. J'ai visité le cégep, puis j'ai assisté à un cours de poésie. En tant que simple élève du secondaire, j'ignorais qu'une chose telle qu'un bureau lié à une chaise existait, alors en essayant de m'asseoir, évidemment du côté où une barre attachait le siège au pupitre, je me suis tout simplement emmêlé les jambes dans tout ce tralala qui m'était étranger, créant une cacophonie facilement perceptible dans le local contenant moins d'une quinzaine d'étudiants. Entrée remarquée: réussie!

J'ai survécu au cours, n'ayant qu'à écouter l'enseignante et les élèves parler, et après avoir marché les quelques kilomètres me séparant de la gare, j'ai enfin pu acheter mon billet pour le train suivant, environ quarante minutes plus tard. Encore une fois, grave erreur. Avec mon talent légendaire, il était stupide et irréfléchi de penser que je pouvais conserver un billet de train pendant quarante minutes de lèche-vitrines. C'est pourquoi, en retournant vers la gare à l'heure prévue, la panique m'a gagnée pour la seconde fois cette journée-là. Frénétiquement, j'ai vidé mes poches, mes sacs, mon manteau, mes gants, partout où j'aurais pu mettre le précieux bout de papier. Après trois fouilles intégrales, j'ai conclu que j'avais dû le perdre en chemin, d'une façon ou d'une autre. Comme j'avais encore mon billet du matin et personne n'avait vérifié si j'avais un billet dans les premiers trains dans lesquels j'avais voyagé, je considérais la possibilité de tenir mon billet invalide depuis quelques heures et de simplement agir comme s'il était mon second billet. Évidemment, cette perspective me terrifiait beaucoup trop, car je redoutais d'être remarquée ou de subir une vérification de billet, alors à quelques minutes de l'heure de départ, j'ai couru, en glissant encore une fois sur les traces laissées par la saison hivernale, jusqu'au bas du quai d'embarquement pour acheter un autre billet à la machine électronique prévue à cet effet. Telle une sprinteuse, je suis remontée sur le quai juste à temps pour attraper le train, avec mon billet valide en main.

Enfin, arrivée à ma gare et descendue pile à temps, j'ai attendu l'arrivée de ma mère. Et attendu. Et attendu. Il n'y avait personne dans l'immeuble nouvellement construit et j'étais agenouillée près d'une baie vitrée, cramponnée à mon cellulaire. Après un certain moment, des policiers sont entrés et ont commencé à fouiller la gare de fond en comble, marmonnant des indications qui m'ont fait supposer qu'ils cherchaient quelqu'un. Un policier s'est ensuite avancé dans ma direction pour me demander si je connaissais une fille du nom de Jade. Confuse, je ne savais pas trop quoi répondre, car je connais effectivement plus d'une Jade, mais je ne pensais pas vraiment que c'était sa réelle question. Je lui ai donc répondu négativement, mais ma réponse incertaine l'a probablement amené à penser que je mentais. Il m'a donc demandé mon nom, pour vérifier si je n'étais pas la fille recherchée, j'imagine. Ma réponse l'a satisfait, alors les policiers se sont éloignés et ont quitté pour de bon après de longues minutes durant lesquelles je m'efforçais de paraître le moins coupable possible, même si j'étais pas coupable, en fin de compte.

Je suis revenue saine et sauve chez moi dans la soirée, récupérée par mon père. En racontant ma journée, j'ai revécu les événements embarrassants, essayant d'en rire avec difficulté, ma gêne étant encore trop fraîche dans ma mémoire.

En conclusion, dites-vous que si vous agissez maladroitement et paraissez idiot, je fais la même chose, et possiblement pire encore.

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