Je suis une personne naturellement heureuse, positive et enjouée. Je suis loin d'être dépressive et mes sourires, qui s'emparent fréquemment de mon visage, sont habituellement sincères et ne cachent aucune tristesse. Je me considère comme très fortunée de voir la vie d'une façon aussi positive, car je connais bien des proches qui n'ont pas cette chance. Seulement, comme toute personne sur cette planète, j'ai moi aussi des problèmes et je ne peux pas vivre sans avoir à leur faire face. Je suis pleinement consciente que pour bien des gens, cette source de tristesse ne vaut rien comparée à la leur, mais je crois que chacun expérimente ses émotions de façon différente. On ne peut pas comparer les problèmes d'une personne à ceux d'une autre.
J'écris simplement ce message pour libérer mes pensées et peut-être alléger ma peine, qui semble revenir par vagues plus fréquentes ces temps-ci. Durant le jour, il est facile d'oublier ce sujet, car mes études, mes activités et mes proches m'occupent souvent plus qu'il ne le faudrait. Cependant, quand je suis seule, dans ma chambre, en fin de soirée, et que je n'ai rien d'autre à faire que de réfléchir à ce sujet tant redouté, les larmes dévalent mon visage avec une telle insistance que je ne peux que succomber à ma peine. J'ai tendance à repousser mes problèmes au fond de ma mémoire, à les éviter aussi longtemps que possible. Je préfère les ignorer jusqu'à être forcée de les confronter, même si je sais que parler et réfléchir à ces tracas me serait bénéfique. C'est naturel pour moi, et je n'arrive toujours pas à me départir de cette vilaine habitude.
Le sujet dont je veux parler aujourd'hui peut sembler stupide, naïf et peu sérieux pour bien des gens. Je sais d'avance que les personnes avec un animal de compagnie pourront me comprendre davantage, même s'ils n'y arrivent pas complètement. Voici donc mon histoire.
Il y a de cela presque sept ans, le 7 février 2008, ma famille a fait l'acquisition d'une jument Quarter-Horse gris truité, que nous avons appelé Luna. J'ai écrit un texte à son sujet, car elle est une source d'inspiration incroyable pour moi. En effet, à peine quelques jours après son arrivée chez moi, il était clair que cette jument serait la mienne. Je l'adorais, sans même la connaître complètement. Je lui accordai bien vite toute ma confiance, chose que je n'ai jamais regrettée. Avec elle, j'ai tout fait. J'ai essayé mille et une activités équestres, j'ai repoussé les limites du possible et je me suis amusée plus que jamais. Oui, Luna n'était rien de plus qu'un cheval, mais elle était aussi à la fois des millions de fois plus importante que cela à mes yeux. Elle était le cou où je me réfugiais en cas de doute, de colère ou de tristesse, les yeux dans lesquels je regardais sans me lasser, comme dans un miroir illuminant ma vie, l'apaisement constant qui me permettait de relâcher mes nerfs et de profiter de chaque instant.Pendant plus de six ans, jamais je n'ai aimé un autre être comme j'ai aimé Luna. Chaque fois que je l'apercevais, mon cœur battait d'amour et de fierté.
La seule chose que l'amour ne pourra jamais vaincre, c'est la maladie. Luna a commencé à boiter, sans raison apparente, et nous avons tardé à découvrir la cause de cette boiterie. Quand nous avons enfin réalisé quel était son problème, il devint clair pour nous qu'elle ne pourrait plus faire tout ce qu'elle faisait avant, même si son état ne devait pas empirer. J'ai continué de prendre soin d'elle et de la monter calmement, lui donnant toujours tout mon amour. De plus en plus, ma mère a commencé à faire allusion à la vente probable de ma jument, qui nous coûtait beaucoup trop cher et qui commençait à nous ruiner. Elle insistait aussi sur le fait que Loulou serait bien mieux ailleurs que chez nous, ce qui me rendait coupable de vouloir la garder. Fidèle à moi-même, je fondais en larme dès qu'un seul mot était prononcé sur le sujet et sitôt la conversation finie, je m'empressais d'enfouir son souvenir dans les recoins de ma mémoire, pour éviter de réaliser à quel point ma séparation de Luna était réelle et imminente.
Après de longs mois d'ignorance du sujet, ma mère m'a finalement forcée à faire face à la réalité et à poster une annonce sur Internet. Les larmes aux yeux, sanglotant, j'ai rédigé un texte expliquant les raisons de la vente de l'animal le plus cher à mes yeux. Des réponses, j'en ai eues énormément. J'ai classé, trié et sélectionné les réponses les plus intéressantes pour mon trésor et j'ai répondu à quelques une d'entre elles. Après avoir éliminé systématiquement tous les candidats, je suis revenue à la case départ, à la fois soulagée et terrifiée, car je savais qu'un jour ou l'autre, il serait temps de me départir de ma jument. Je croyais pouvoir encore garder mon bébé pour de longues semaines, en attendant la famille parfaite pour elle.
Malheureusement, ou heureusement, tout dépendant du point de vue, peu de temps après, j'ai reçu un appel. Une dame recherchait une monture pour son mari, qui voulait l'accompagner dans ses randonnées équestres. Ils étaient très intéressés par ma Loulou, la trouvant très jolie et croyant qu'elle serait parfaite pour eux. Ils sont venus nous visiter la fin de semaine suivante, me laissant désemparée. Ils l'adoraient. Ils croyaient avoir déjà une "connexion" avec elle, ce qui me faisait sentir déjà exclue de la vie de ma jument, car effectivement, c'était toujours la mienne. J'étais celle qui avait passé tant d'heures avec elle, celle qui l'aimait plus que tout au monde. Pas eux. Pressés, ils voulaient l'amener chez eux le lendemain. J'ai paniqué. C'était trop vite, trop tôt, trop dur. Je les ai convaincu d'attendre un petit peu, le temps que j'en parle avec mes parents. En attendant, ils voulaient revenir la voir souvent, parce qu'ils l'aimaient déjà trop. J'en étais malade. Il m'était impossible d'être présente lors de leurs visites, car je détestais les voir interagir avec ma jument, mon amour. Par chance, ma meilleure amie me comprenait, alors c'est elle qui les a aidé pendant que je me cachais dans ma maison, pensant à tout sauf mon cheval adoré. Jamais je ne pourrai la remercier assez, car c'est grâce à ma si bonne amie que j'ai réussi à passer à travers cette épreuve immensément éprouvante.
Le vendredi suivant, un camion de transport est venu chercher Luna. J'ai signé les papiers, j'ai préparé ma jument et j'ai sangloté comme je ne l'avais jamais fait auparavant. Pour une raison trop longue et encore difficile à raconter aujourd'hui, le plan initial n'a pas marché, alors la future famille de Loulou a dû attendre plus longtemps que prévu. J'ai profité de ces jours supplémentaires avec elle, sachant que c'était la fin. Le samedi suivant, je me suis rendue avec elle à sa nouvelle écurie, pour voir du coup même son nouvel environnement. Mes adieux furent brefs, car je travaillais plus tard dans la journée, et je regrette encore aujourd'hui de ne pas avoir pu passer quelques heures de plus avec elle, car elle me manque terriblement. J'ai promis de revenir la voir bientôt, et la nouvelle propriétaire m'a proposé de venir la monter de temps en temps, si j'en avais envie, ce que j'ai évidemment accepté.
Dans les semaines suivant la vente de ma jument, j'ai été extrêmement occupée, ce qui m'a permis de ne pas trop penser à la tristesse et au vide que j'éprouvais. Par contre, je n'ai pas pu aller la voir, car je manquais de temps et je souhaitais attendre que ma tristesse soit moins présente. Quand je me suis enfin sentie prête, j'ai envoyé un message à sa propriétaire, lui demandant quel serait le meilleur moment pour une visite. Ses réponses étaient brèves, tardives et évasives, alors j'ai attendu un peu plus longtemps. Je n'ai pas eu de ses nouvelles jusqu'à un jeudi de novembre, à mon arrivée à l'école.
Ses messages, car il y en avait plus qu'un, me détaillaient ce qui me semblait comme un cauchemar: endettée et sans travail, elle était dans l'impossibilité de garder Luna, moins de trois mois après son acquisition. Je croyais que pleurer dans les toilettes était un stéréotype féminin que j'éviterais toute ma vie, mais c'est ce que j'ai fait cette journée-là. Moi qui croyait que mon cheval serait heureux, en sécurité et aimé pour le reste de sa vie, je voyais maintenant que rien de tout cela ne serait possible pour le moment. Je savais pertinemment que nous ne pourrions pas la reprendre, même si j'espérais quand même que ma mère propose cette solution. La décision finale fut annoncée: Luna allait être donnée à un ami de sa propriétaire, à quelques heures de route de chez moi. Je pleurai encore plus: mes chances de la revoir étaient maintenant réduites à néant, car son propriétaire serait un inconnu habitant bien trop loin pour que je puisse lui rendre visite, s'il acceptait qu'une inconnue vienne voir sa jument, cela dit. Trop éreintée émotionnellement pour suivre le cours de cette affaire, j'ai laissé ma mère parler avec la propriétaire de Loulou et poser les questions à poser, répondre aux questions demandées.
Je sais que l'affaire fut conclue rapidement. Je sais que Luna a dû partir dans les plus brefs délais. Je sais que je ne la reverrai sûrement jamais, du moins pas dans un futur proche. Et ça me tue.
Je ne connaîtrai jamais d'amour pareil à celui que j'éprouve encore pour Luna. Je ne pourrai jamais oublier sa tête délicate, ses yeux aimants. Je n'oublierai jamais la gamme d'émotions que je ressentais quand je l'enlaçais, me perdant dans son pelage. Jamais.
J'ignore si écrire mes pensées m'a aidé, ce soir. Ce que je sais, c'est que je suis encore une fois en larmes, dans mon lit. Mais pour la première fois, j'ai confronté mes émotions. J'ai réfléchi au cours des évènements qui se sont produits dans les derniers mois. J'ai communiqué, à personne ou à tout le monde, car ce blogue est public, mes sentiments sur ce sujet. Je me sens mieux. Je pleure, mais je souffre moins. Peut-être me retrouverai-je encore en pleurs, bientôt, pour les mêmes raisons qu'aujourd'hui, mais au moins j'aurai essayé d'évacuer ma peine. Je m'en souviendrai.
Je t'aime, Luna. Où que tu sois, tu es dans mon cœur, mon bébé.
"People laugh at me because I use big words. But if you have big ideas, you have to use big words to express them, haven't you?" - L.M.M. Un blog qui sert de toile à mes pensées, qui donne de l'importance à mes mots et qui constitue une évasion libératoire pour mon cerveau enchaîné. Dilettante.
vendredi 12 décembre 2014
Nostalgie nocturne
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jeudi 11 décembre 2014
Catastrophe ambulante
Je suis de retour!
Encore une fois, c'est pour raconter mes terriblement embarrassantes aventures. Suis-je un aimant à catastrophes? Probablement.
Cette fois encore, je me suis empêtrée en essayant de me frayer un chemin dans le monde adulte, monde dans lequel j'entrerai bientôt, prête, pas prête. Je souhaitais visiter un cégep avec un programme qui m'intéressait, évidemment, la littérature. Décidant d'être audacieuse (c'est une qualité sur laquelle je dois travailler, alors pourquoi pas ne pas essayer de sortir de ma zone de confort une fois de plus?), j'ai choisi de m'y rendre en train. Je n'avais absolument jamais essayé ce moyen de transport auparavant et je me rendais dans un quartier qui m'était complètement inconnu, mais après avoir effectué mes recherches, je croyais être bien préparée. Grave erreur. J'aurais dû m'assurer d'être certaine d'être bien préparée, car malgré l'excellent départ de ce périple, tout ce qui pouvait mal tourner a mal tourné.
Tout d'abord, je n'avais pas réalisé à quel point le train se déplaçait souvent à des hauteurs vertigineuses près de chez moi, surtout en tournant. Étant située près d'une fenêtre, j'avais la vue sur le sol, plusieurs mètres plus bas, dans les tournants serrés. Il est facile de comprendre pourquoi je ne suis pas fanatique des montagnes russes quand on observe mon visage en train, à des vitesses et hauteurs minimes, surtout comparées aux pentes horrifiantes des manèges. J'ignore si ma peau était verdâtre ou blanchâtre, mais elle était probablement très loin de sa couleur naturelle.
Ensuite, en abandonnant l'idée de regarder le paysage extérieur, mon voyage se déroula plutôt bien. J'étais impressionnée par le court temps d'arrêt à chaque gare, car pour une raison que j'ignore, j'étais convaincue que chaque arrêt serait long et pénible. Cependant, je n'avais pas réfléchi au fait que ce temps d'arrêt serait minuscule quand viendrait mon tour de descendre. Donc, en arrivant à la gare où je devais descendre, je me suis rendues aux portes, car il y en a plus d'une. Les explications d'un agent de sécurité, plus tôt dans la journée, concernant la porte par laquelle je devrais sortir se sont subitement évaporées et mon regard allait d'une porte à l'autre. Un agent a senti ma confusion et m'a indiqué la porte par où sortir, en ajoutant qu'il croyait qu'il était trop tard. Trop. Tard. Et effectivement, il était trop tard. La panique s'est emparée de moi, car je devais être au cégep une heure plus tard et je n'avais absolument aucune idée du chemin à emprunter pour me rendre si ce n'était pas de la gare précédente. Heureusement, j'avais affaire à de bons samaritains. Joint par un autre agent de sécurité, le premier monsieur m'a proposé de les suivre, son collègue et lui, jusqu'à la gare centrale, pour ensuite prendre le train suivant en direction inverse pour me rendre près du cégep.
Arrivée à la gare centrale, je me suis donc efforcée de suivre les deux agents de près de six pieds, du haut de mon cinq pieds trois pouces. Escortée des grands gaillards, j'ai donc emprunté un autre train et ceux-ci ont même descendu du train avec moi pour me pointer l'autobus à prendre pour me rendre saine et sauve. C'était très gentil, mais aussi extrêmement embarrassant, car j'avais très probablement l'air d'une petite fille perdue, confuse, mal organisée et paniquée.
Malheureusement, je ne voulais pas repousser les limites de ma zone de confort encore plus loin, alors je suis descendue beaucoup trop tôt de l'autobus dans lequel j'avais mis les pieds. Demander au chauffeur où descendre aurait été bien trop difficile, du moins selon moi à ce moment, et de toute façon, je connaissais si peu le quartier que ç'aurait été inutile. J'ai donc dû marcher pendant près de quatre kilomètres, alors que j'aurais pu parcourir trois d'entre eux au chaud, assise confortablement dans un banc de transport public. Pour ne pas arriver en retard, j'ai couru, à travers les rues du centre-ville, dans la direction qui me semblait être la plus logique. Avec la glace et la neige accumulées sur les trottoirs, j'ai glissé plus de fois qu'il n'en faut pour me faire rougir, toujours devant bon nombre de piétons et d'automobilistes.
Arrivée en sueur au cégep avec trente bonnes minutes de retard, j'ai rejoint le responsable du programme en m'excusant profusément. Il a essuyé mes excuses rapidement, n'arrivant cependant pas à essuyer mon remords et ma honte. J'ai visité le cégep, puis j'ai assisté à un cours de poésie. En tant que simple élève du secondaire, j'ignorais qu'une chose telle qu'un bureau lié à une chaise existait, alors en essayant de m'asseoir, évidemment du côté où une barre attachait le siège au pupitre, je me suis tout simplement emmêlé les jambes dans tout ce tralala qui m'était étranger, créant une cacophonie facilement perceptible dans le local contenant moins d'une quinzaine d'étudiants. Entrée remarquée: réussie!
J'ai survécu au cours, n'ayant qu'à écouter l'enseignante et les élèves parler, et après avoir marché les quelques kilomètres me séparant de la gare, j'ai enfin pu acheter mon billet pour le train suivant, environ quarante minutes plus tard. Encore une fois, grave erreur. Avec mon talent légendaire, il était stupide et irréfléchi de penser que je pouvais conserver un billet de train pendant quarante minutes de lèche-vitrines. C'est pourquoi, en retournant vers la gare à l'heure prévue, la panique m'a gagnée pour la seconde fois cette journée-là. Frénétiquement, j'ai vidé mes poches, mes sacs, mon manteau, mes gants, partout où j'aurais pu mettre le précieux bout de papier. Après trois fouilles intégrales, j'ai conclu que j'avais dû le perdre en chemin, d'une façon ou d'une autre. Comme j'avais encore mon billet du matin et personne n'avait vérifié si j'avais un billet dans les premiers trains dans lesquels j'avais voyagé, je considérais la possibilité de tenir mon billet invalide depuis quelques heures et de simplement agir comme s'il était mon second billet. Évidemment, cette perspective me terrifiait beaucoup trop, car je redoutais d'être remarquée ou de subir une vérification de billet, alors à quelques minutes de l'heure de départ, j'ai couru, en glissant encore une fois sur les traces laissées par la saison hivernale, jusqu'au bas du quai d'embarquement pour acheter un autre billet à la machine électronique prévue à cet effet. Telle une sprinteuse, je suis remontée sur le quai juste à temps pour attraper le train, avec mon billet valide en main.
Enfin, arrivée à ma gare et descendue pile à temps, j'ai attendu l'arrivée de ma mère. Et attendu. Et attendu. Il n'y avait personne dans l'immeuble nouvellement construit et j'étais agenouillée près d'une baie vitrée, cramponnée à mon cellulaire. Après un certain moment, des policiers sont entrés et ont commencé à fouiller la gare de fond en comble, marmonnant des indications qui m'ont fait supposer qu'ils cherchaient quelqu'un. Un policier s'est ensuite avancé dans ma direction pour me demander si je connaissais une fille du nom de Jade. Confuse, je ne savais pas trop quoi répondre, car je connais effectivement plus d'une Jade, mais je ne pensais pas vraiment que c'était sa réelle question. Je lui ai donc répondu négativement, mais ma réponse incertaine l'a probablement amené à penser que je mentais. Il m'a donc demandé mon nom, pour vérifier si je n'étais pas la fille recherchée, j'imagine. Ma réponse l'a satisfait, alors les policiers se sont éloignés et ont quitté pour de bon après de longues minutes durant lesquelles je m'efforçais de paraître le moins coupable possible, même si j'étais pas coupable, en fin de compte.
Je suis revenue saine et sauve chez moi dans la soirée, récupérée par mon père. En racontant ma journée, j'ai revécu les événements embarrassants, essayant d'en rire avec difficulté, ma gêne étant encore trop fraîche dans ma mémoire.
En conclusion, dites-vous que si vous agissez maladroitement et paraissez idiot, je fais la même chose, et possiblement pire encore.
Encore une fois, c'est pour raconter mes terriblement embarrassantes aventures. Suis-je un aimant à catastrophes? Probablement.
Cette fois encore, je me suis empêtrée en essayant de me frayer un chemin dans le monde adulte, monde dans lequel j'entrerai bientôt, prête, pas prête. Je souhaitais visiter un cégep avec un programme qui m'intéressait, évidemment, la littérature. Décidant d'être audacieuse (c'est une qualité sur laquelle je dois travailler, alors pourquoi pas ne pas essayer de sortir de ma zone de confort une fois de plus?), j'ai choisi de m'y rendre en train. Je n'avais absolument jamais essayé ce moyen de transport auparavant et je me rendais dans un quartier qui m'était complètement inconnu, mais après avoir effectué mes recherches, je croyais être bien préparée. Grave erreur. J'aurais dû m'assurer d'être certaine d'être bien préparée, car malgré l'excellent départ de ce périple, tout ce qui pouvait mal tourner a mal tourné.
Tout d'abord, je n'avais pas réalisé à quel point le train se déplaçait souvent à des hauteurs vertigineuses près de chez moi, surtout en tournant. Étant située près d'une fenêtre, j'avais la vue sur le sol, plusieurs mètres plus bas, dans les tournants serrés. Il est facile de comprendre pourquoi je ne suis pas fanatique des montagnes russes quand on observe mon visage en train, à des vitesses et hauteurs minimes, surtout comparées aux pentes horrifiantes des manèges. J'ignore si ma peau était verdâtre ou blanchâtre, mais elle était probablement très loin de sa couleur naturelle.
Ensuite, en abandonnant l'idée de regarder le paysage extérieur, mon voyage se déroula plutôt bien. J'étais impressionnée par le court temps d'arrêt à chaque gare, car pour une raison que j'ignore, j'étais convaincue que chaque arrêt serait long et pénible. Cependant, je n'avais pas réfléchi au fait que ce temps d'arrêt serait minuscule quand viendrait mon tour de descendre. Donc, en arrivant à la gare où je devais descendre, je me suis rendues aux portes, car il y en a plus d'une. Les explications d'un agent de sécurité, plus tôt dans la journée, concernant la porte par laquelle je devrais sortir se sont subitement évaporées et mon regard allait d'une porte à l'autre. Un agent a senti ma confusion et m'a indiqué la porte par où sortir, en ajoutant qu'il croyait qu'il était trop tard. Trop. Tard. Et effectivement, il était trop tard. La panique s'est emparée de moi, car je devais être au cégep une heure plus tard et je n'avais absolument aucune idée du chemin à emprunter pour me rendre si ce n'était pas de la gare précédente. Heureusement, j'avais affaire à de bons samaritains. Joint par un autre agent de sécurité, le premier monsieur m'a proposé de les suivre, son collègue et lui, jusqu'à la gare centrale, pour ensuite prendre le train suivant en direction inverse pour me rendre près du cégep.
Arrivée à la gare centrale, je me suis donc efforcée de suivre les deux agents de près de six pieds, du haut de mon cinq pieds trois pouces. Escortée des grands gaillards, j'ai donc emprunté un autre train et ceux-ci ont même descendu du train avec moi pour me pointer l'autobus à prendre pour me rendre saine et sauve. C'était très gentil, mais aussi extrêmement embarrassant, car j'avais très probablement l'air d'une petite fille perdue, confuse, mal organisée et paniquée.
Malheureusement, je ne voulais pas repousser les limites de ma zone de confort encore plus loin, alors je suis descendue beaucoup trop tôt de l'autobus dans lequel j'avais mis les pieds. Demander au chauffeur où descendre aurait été bien trop difficile, du moins selon moi à ce moment, et de toute façon, je connaissais si peu le quartier que ç'aurait été inutile. J'ai donc dû marcher pendant près de quatre kilomètres, alors que j'aurais pu parcourir trois d'entre eux au chaud, assise confortablement dans un banc de transport public. Pour ne pas arriver en retard, j'ai couru, à travers les rues du centre-ville, dans la direction qui me semblait être la plus logique. Avec la glace et la neige accumulées sur les trottoirs, j'ai glissé plus de fois qu'il n'en faut pour me faire rougir, toujours devant bon nombre de piétons et d'automobilistes.
Arrivée en sueur au cégep avec trente bonnes minutes de retard, j'ai rejoint le responsable du programme en m'excusant profusément. Il a essuyé mes excuses rapidement, n'arrivant cependant pas à essuyer mon remords et ma honte. J'ai visité le cégep, puis j'ai assisté à un cours de poésie. En tant que simple élève du secondaire, j'ignorais qu'une chose telle qu'un bureau lié à une chaise existait, alors en essayant de m'asseoir, évidemment du côté où une barre attachait le siège au pupitre, je me suis tout simplement emmêlé les jambes dans tout ce tralala qui m'était étranger, créant une cacophonie facilement perceptible dans le local contenant moins d'une quinzaine d'étudiants. Entrée remarquée: réussie!
J'ai survécu au cours, n'ayant qu'à écouter l'enseignante et les élèves parler, et après avoir marché les quelques kilomètres me séparant de la gare, j'ai enfin pu acheter mon billet pour le train suivant, environ quarante minutes plus tard. Encore une fois, grave erreur. Avec mon talent légendaire, il était stupide et irréfléchi de penser que je pouvais conserver un billet de train pendant quarante minutes de lèche-vitrines. C'est pourquoi, en retournant vers la gare à l'heure prévue, la panique m'a gagnée pour la seconde fois cette journée-là. Frénétiquement, j'ai vidé mes poches, mes sacs, mon manteau, mes gants, partout où j'aurais pu mettre le précieux bout de papier. Après trois fouilles intégrales, j'ai conclu que j'avais dû le perdre en chemin, d'une façon ou d'une autre. Comme j'avais encore mon billet du matin et personne n'avait vérifié si j'avais un billet dans les premiers trains dans lesquels j'avais voyagé, je considérais la possibilité de tenir mon billet invalide depuis quelques heures et de simplement agir comme s'il était mon second billet. Évidemment, cette perspective me terrifiait beaucoup trop, car je redoutais d'être remarquée ou de subir une vérification de billet, alors à quelques minutes de l'heure de départ, j'ai couru, en glissant encore une fois sur les traces laissées par la saison hivernale, jusqu'au bas du quai d'embarquement pour acheter un autre billet à la machine électronique prévue à cet effet. Telle une sprinteuse, je suis remontée sur le quai juste à temps pour attraper le train, avec mon billet valide en main.
Enfin, arrivée à ma gare et descendue pile à temps, j'ai attendu l'arrivée de ma mère. Et attendu. Et attendu. Il n'y avait personne dans l'immeuble nouvellement construit et j'étais agenouillée près d'une baie vitrée, cramponnée à mon cellulaire. Après un certain moment, des policiers sont entrés et ont commencé à fouiller la gare de fond en comble, marmonnant des indications qui m'ont fait supposer qu'ils cherchaient quelqu'un. Un policier s'est ensuite avancé dans ma direction pour me demander si je connaissais une fille du nom de Jade. Confuse, je ne savais pas trop quoi répondre, car je connais effectivement plus d'une Jade, mais je ne pensais pas vraiment que c'était sa réelle question. Je lui ai donc répondu négativement, mais ma réponse incertaine l'a probablement amené à penser que je mentais. Il m'a donc demandé mon nom, pour vérifier si je n'étais pas la fille recherchée, j'imagine. Ma réponse l'a satisfait, alors les policiers se sont éloignés et ont quitté pour de bon après de longues minutes durant lesquelles je m'efforçais de paraître le moins coupable possible, même si j'étais pas coupable, en fin de compte.
Je suis revenue saine et sauve chez moi dans la soirée, récupérée par mon père. En racontant ma journée, j'ai revécu les événements embarrassants, essayant d'en rire avec difficulté, ma gêne étant encore trop fraîche dans ma mémoire.
En conclusion, dites-vous que si vous agissez maladroitement et paraissez idiot, je fais la même chose, et possiblement pire encore.
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