lundi 7 septembre 2020

Fin aigre-douce

La douceur de ton sourire, particulièrement lorsqu’il était dirigé vers ceux que tu aimais. La douceur de ta voix, toujours accueillante. La douceur de ton rire, chaque fois que tu ricanais. 

La douceur d’une fin, à la fois douce et amère. 

Cette fin longue, épuisante. Cette fin attendue, mais redoutée. Cette fin méritée, mais aussi terrible.

Cette fin dont je n’ai pas eu le courage d’être témoin.

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J’ai toujours eu conscience de la grandeur de ton âme, de la bonté inhérente à ton existence. J’ai toujours su que tu étais l’un des « good ones, » comme on dit en bon français. Tu as vécu une vie remplie, pleine de voyages, d’accomplissements, de bonheur et d’amour.

Tu nous as toujours impressionnés, mes cousins et moi, en nous montrant le droit chemin, en sachant être à la fois gentil, plein de succès et juste. Néanmoins, plus les années ont passé, plus nous avons vu ta lumière se ternir derrière le voile de la maladie.

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Ce grand-père si fort, qui m’inspirait tant de respect, a d’abord commencé à trembler, à éprouver des difficultés à comprendre nos paroles ou encore à s’exprimer. Ces détails étaient initialement assez minimes pour qu’on les écarte, préférant l’image de l’homme fort à laquelle nous étions habitués. Toutefois, le déni ne pouvait pas continuer éternellement, car la maladie gagnait sa joute de jour en jour.

Nous sommes restés près de toi lorsque la maladie a commencé à prendre emprise sur ton corps, semblant ainsi coincer ton esprit dans un réceptacle. Nous avons persisté, tentant d’entretenir la conversation, d’apercevoir un éclat de compréhension dans tes yeux ou d’entendre une parole prouvant que tu étais toujours là, toujours combattant.

J’ai le souvenir d’un tel moment, au début de l’été 2017. Alors que je m’apprêtais à partir en direction de l’Île-du-Prince-Édouard, où je ne connaissais personne, je redoutais la solitude et l’inconnu qui m’attendaient. Pleine d’excitation et d’anxiété, j’avais déjà versé quelques larmes lors des adieux à ma famille, toujours fidèle à mon cœur sensible. Tu n’avais pas prononcé un mot de notre visite, ce qui nous attristait tous sans que personne n’ose le mentionner. Alors que la maison s’est vidée et que nous nous sommes retrouvés pour nos adieux, tu m’as regardée, les yeux clairs et un sourire contagieux au visage. Dans cet instant de lucidité à laquelle je n’osais croire, tu m’as adressé les mots suivants : « bon voyage ». 

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Grand-papa, sache que si je n’ai pas osé te rendre une dernière visite en apprenant ton état, c’est parce que je voulais garder en tête une image fidèle à ton existence plutôt qu’à tes dernières années de vie, où la maladie a caché peu à peu l’homme incroyable que tu étais. Cela peu sembler égoïste, mais je crois que tu comprendrais. En regardant les photos disposées partout dans ta chambre lors de ma dernière visite, j’ai compris qu’elles te représentaient beaucoup plus fidèlement que ton corps, qui t’abandonnait progressivement devant nos yeux.

Je te quitte donc avec tes propres mots maintenant que cette fin délivrante est arrivée : « bon voyage ». 

Je t’aime. 

xxx 

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